Grande-Bretagne – REFLEXIONS SUR UNE DEFAITE

Une bonne partie de la presse et des médias cherche à nous présenter le résultat des élections en Grande-Bretagne comme un « triomphe » de David Cameron et de son « conservatisme compassionnel » : c’est très excessif. Des gains électoraux réalisés aux dépens essentiellement du parti libéral-démocrate, son allié de la dernière élection, qu’il a littéralement dévoré tout cru, quelques circonscriptions arrachées au Labour, rien qui constitue un raz de marée.

Le raz de marée, c’est en Ecosse qu’il a eu lieu : dans cette région où il était hégémonique, le Labour vient de disparaître quasiment d’un seul coup au profit du SNP, le parti nationaliste, qui aura 53 sièges sur 56.

Au plan national, une défaite des conservateurs n’aurait rien eu de surprenant, vu leur politique de démantèlement des services publics, de précarisation de l’emploi, de vie chère et de remise en cause des droits sociaux. Alors pourquoi ?

On a droit, côté médias mais aussi de la part de certains travaillistes déconfits, à la kyrielle des fausses explications : le leader travailliste Ed Milliband (démissionnaire) aurait fait une campagne « trop à gauche », il aurait « mal communiqué. » Plus sérieux, on assisterait dans toute l’Europe à une montée en puissance des communautarismes et des nationalismes, qui n’épargnerait pas la Grande-Bretagne, et il est vrai que le parti ouvertement xénophobe UKIP, s’il n’a qu’un seul élu au parlement de Westminster à cause de la loi électorale (scrutin uninominal à un tour), capitalise désormais 10% des voix. La forte droitisation du discours de Cameron et ses inflexions chauvines ont sans doute pipé des voix à l’extrême-droite.

Il n’empêche : la vraie raison pour laquelle le Labour a perdu, c’est qu’au fil des années il a déchiré son identité, en Ecosse comme ailleurs. Qu’est-il devenu, le parti de Keir Hardie, des mineurs en lutte, d’Aneurin Bevan et du Welfare State, de la médecine gratuite, des grandes politiques sociales menées après 1945 ? Rien d’autre qu’une organisation social-démocrate comme tant d’autres (le « New Labour » de Tony Blair !) pratiquant la collaboration de classes, entérinant au nom du pragmatisme et du libéralisme des reculs sociaux de plus en plus épouvantables, jusqu’à lancer le pays dans des guerres comme celle d’Irak, aux côtés de l’impérialisme américain.

Cette trahison, le Parti Travailliste la paie aujourd’hui au prix fort. Certains seraient bien inspirés d’y réfléchir.

Jean-Michel GALANO (Philosophe, ancien membre du collectif Grande-Bretagne/Irlande du PCF)

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